Bienheureuse Maria Celeste Crostarosa (1696-1755)

 

Homélie du Cardinal Angelo Amato (18 juin 2016) lors de la messe de béatification.

(Traduction libre OssR, monastère de sainte-Thérèse)

 

Saint Pierre Favre, l'un des fondateurs de la Compagnie de Jésus avec saint Ignace de Loyola et saint François Xavier, avait l'habitude de dire que les saints sont «les chefs-d'œuvre de Dieu, qu’ il a fait de ses propres mains". Par leur espérance, ils sont phares de lumière dans la nuit sombre de la vie humaine. Les saints ne sont pas des «hommes de sable", manquant de substance ou s’écroulant comme le sable des châteaux pour enfants sur les rives de la mer.

Les saints sont des gens forts et courageux, qui honorent l'humanité, en renouvelant la saveur et la puissance de la vie de tous les jours. Créés par Dieu, les saints ont la robustesse solide d'une humanité restaurée par la grâce.

L'existence de la  Bienheureuse Marie Céleste Crostarosa montre la persévérance tenace de cette femme, dans la réalisation de sa propre vocation dans l'obéissance à la volonté de Dieu qui est devenue claire pour elle, à travers un millier de vicissitudes et obstacles.

Penchons-nous sur les grandes lignes de sa vie. Giulia Crostarosa – c’était son

nom de baptême - est née à Naples le 31 Octobre 1696, la dixième de douze

enfants, dans une famille religieuse et bien nantie. Comme une petite fille, stimulée par la curiosité pour explorer le monde des adultes, et avec la complicité des domestiques, elle avait la vanité de porter des vêtements à la mode et d'apprendre des chansons profanes. Par la suite cependant, elle avait une telle répugnance pour tout cela que, à l'âge de onze ans, le jour de saint Joseph en 1707, elle s’est rendue à l'église Saint-Thomas faire une confession générale qui l’a libérée de ce «fardeau» de la conscience.

 

Ce fut le point de départ de son cheminement spirituel. Ce fut une vraie conversion.Elle est devenue plus recueillie, a appris à faire la prière mentale et à méditer sur la Passion de Jésus. Frappée par la plaie de son côté causée par la lance, elle a pris

refuge spirituel dans le Coeur transpercé de Jésus. Dans la communion eucharistique, elle

reçut la consolation et l'inspiration de sa vie sainte. Et aussi, la lecture de la vie des

Saints a contribué à sa confirmation dans la bonté. Et ainsi, peu à peu s’est

développé en elle le désir de se donner entièrement au Seigneur, par l'intermédiaire d’une consécration religieuse.

 

Ainsi a commencé un voyage complexe de recherche de la volonté de Dieu, qui était semblable à l'errance du peuple d'Israël dans le désert, sur leur chemin vers la terre promise. Consolations et désolations se succèdent comme des vagues sur les rives de

la mer. Les étapes de ce long voyage de la Campanie aux Pouilles, inclus Marigliano

près de Naples, où le 21 Novembre 1718, elle a pris l'habit du Carmel et reçut

le nom de sœur Candide du Ciel; puis Scala, près de Salerne, où elle a pris l’habit des Visitandines avec le nom de Soeur Marie Céleste du Saint Désert; puis Amalfi, Pareti, Roccapiemonte, et enfin Foggia, où elle est restée les dix-sept dernières années de sa vie (1738-1755). Le choix de Foggia était une inspiration d'en haut: «Allez à Foggia », entendit-elle d’une voix intérieure, « parce que là, je veux faire une fondation ».

 

Entre-temps la bonne réputation de notre Bienheureuse avait grandi de plus en plus parmi le clergé et les sœurs, en passant au-delà de la problématique d’un jugement d'elle comme une religieuse illusoire et prophétique, à celui d'une religieuse inspirée, de telle sorte qu’enfin elle est devenue connue comme « la sainte prieure ». Et sans aucun doute, à cet égard, il y avait l'influence sur elle de saint Alphonse de Liguori. Un biographe stipule que: «[À cet égard] les documents sont rares et brefs, mais suffisants pour être en mesure de dire que saint Alphonse et sa congrégation étaient en communion avec elle; et ils ont même considéré sa fondation comme une véritable fondation d’un commun institut rédemptoriste. »

Et ainsi à Foggia, dans cette partie sud de la région des Pouilles, des plus

anciennes traditions chrétiennes, bénie par la présence protectrice millénaire de saint

Michel Archange et, plus récemment, bénie aussi par la figure de l'un des

les plus grands faiseurs de miracles de l'Église, saint Pio de Pietrelcina, a mûri

la sainteté de Sœur Céleste Crostarosa, une femme extraordinaire, forte et courageuse,

dont la renommée a traversé les siècles et restée intacte jusqu'à nos jours: Et contrairement à saint Alphonse, Mère Céleste n'a jamais eu quelqu'un parmi les Rédemptoristes et les Rédemptoristines qui ait donné le témoignage de sa vie sainte, même après sa mort.

Et pourtant, tous les habitants de Foggia, dès le jour de sa mort le 14 septembre

1755, l’ont proclamée « sainte prieure ». Dans la biographie de saint Gérard Majella, mort à Materdomini dans la Province de Avellino le 16 octobre 1755, un mois après Mère Céleste,  une prophétie a été transmise jusqu'à nous. Le 14 septembre 1755, Gérard se tourna vers un Frère et dit: "Aujourd'hui à Foggia Mère Marie Céleste est décédée pour aller jouir de Dieu. » Il ne parlait pas sans raison, mais de la conviction que Mère Céleste était morte en odeur de sainteté.

Un portrait fascinant de notre Bienheureuse a été établi il y a exactement vingt ans par un grand saint de notre époque, saint Jean-Paul II. Le Pontife inoubliable, à l'occasion

du troisième centenaire de la naissance de Mère Céleste (1696-1996), a écrit aux Sœurs

du monastère du Très-Saint-Rédempteur, et a résumé en cinq modes différents la

spiritualité que notre Bienheureuse avait vécue elle-même pour se sanctifier et aussi qu’elle a laissée comme héritage à ses filles spirituelles.

En premier lieu, il y a la place centrale de la dévotion au Verbe incarné,

que le Saint-Esprit active sans cesse en nous, pour changer nos vies par la sienne.

De cette manière le Christ, Soeur Crostarosa nous le dit ainsi, "peut renaître dans le monde dans le âmes chères à Lui ». Tout dans la vie chrétienne est fondée en Christ et

vient de Lui, et les vertus ne sont rien d'autre que l'expression de notre propre

existence en Lui.

Il faut donc comprendre la référence de Mère Marie Celeste à l'Eucharistie comme la source de toute transfiguration spirituelle. Car c’est dans l'Eucharistie que le

projet de vie religieuse de Sœur Marie Céleste Crostarosa découle, et trouve dans la communauté le signe et le témoin de l'amour du Christ. Chaque moment de la vie consacrée, tant dans sa dimension apostolique et dans son désir de perfection, est un don de la grâce qui unifie et sanctifie tout. C’est la raison pour laquelle Soeur Crostarosa invite les Rédemptoristines à imprimer en elles-mêmes "la vie et la vraie ressemblance du

Rédempteur », devenant Ses « portraits vivants sur la terre ».

 

Une troisième caractéristique de la spiritualité de  Sœur Céleste Crostarosa est la contemplation, de sorte que nous pouvons nous laisser irradier par la grâce et être transformer par elle, d'une manière telle que nous devenons un signe transparent du Christ pour les autres: «La contemplation assidue des mystères du Christ », disent les Constitutions des Rédemptoristines,  « développera en nous cette note de joie souriante et rayonnante, de bonne simplicité et de vraie charité, que nous considérons comme une caractéristique de notre communauté ». (Constitution 10). De là vient leur engagement généreux de pardonner à leurs proches de tout leur cœur, de les comprendre avec miséricorde  et de leur apporter la  consolation dans leurs afflictions.

 

Un quatrième élément de la spiritualité crostarosienne est la charité fraternelle, qui est née de la contemplation et la communion eucharistique. Nous ne pouvons jamais exagérer en charité, qui est la vertu centrale des Evangiles, et que vivait d'une façon héroïque notre Bienheureuse, qui surmontait, comme le Christ, les nombreuses tentations de l'ennemi de tout bien. La charité est le parfum d’une authentique sainteté.

Enfin, la Bienheureuse Mère Céleste invite ses sœurs à la fidélité, ce qui nécessite la fermeté et la persévérance dans la bonté. Les religieuses d'aujourd'hui sont conscientes que leur présence et leur témoignage sont une contribution précieuse à la mission de l'Eglise dans le monde. Leur forme de vie n’est non seulement pas démodée, mais elle est la meilleure expression d'un vie simple et généreuse, qui est significative pour les hommes et les femmes d'aujourd'hui. Le souvenir dans l’esprit exalte l'humanité et la rend plus authentique et fascinante.

 

Est-il aussi quelque chose que la Bienheureuse Mère Marie Céleste Crostarosa suggère aujourd'hui pour nous tous prêtres, laïcs, et consacrés hommes et femmes?

Oui. Je crois que je dois répéter les paroles d’un excellent poète: «Considérez

votre semence, votre vie: faites de ne pas vivre comme des brutes, mais en suivant la vertu et la connaissance ». ( cf. La divine comédie de Dante) Et aussi l'exhortation du Christ: «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt. 5,48). C’est une invitation à vivre une vie sainte, et cette invitation n’est pas adressée seulement pour les prêtres et les hommes et les femmes consacrées, mais à tous les chrétiens, et même aux laïcs, qui sont aussi appelés à la sainteté.

 

Comment pouvons-nous faire alors? Dans ses Règles, Mère Céleste nous offre de nouveaux conseils sur la vie chrétienne. Les neuf règles font référence aux neuf mois de gestation que chaque être humain a dans le ventre de sa mère. Les neuf conseils, par conséquent, sont là pour régénérer nos vies et les faire grandir dans la bonté.

Voici la liste: charité mutuelle, pauvreté, obéissance, prière, recueillement et silence, humilité, conversion et pénitence, humilité et mansuétude de cœur, abnégation et

amour de la Croix. Ils sont des enseignements évangéliques, capable de donner familles, communautés et une société d'une qualité accrue de personnes humaines vivant de la vie évangélique, et formant des personnes qui ne sont pas faites de sable mais de meilleur matériel humain et chrétien.

 

Bienheureuse Marie Céleste Crostarosa, priez pour nous!